UN MARIAGE AU MOYEN AGE

Le soleil s'est levé en plein bleu. Les cloches des petites églises rurales annoncent la messe. Tout parait calme. Mais à la Ferté-Henri, on s'agite. La jeune fille est entourée de dames et de
servantes qui sont fort occupées à l'atourner. Il n'y a pas, à cette époque, de toilette spéciale pour le jour des noces. La fiancée se revêt seulement de ses plus riches et plus beaux
habits.
Ce qui l'occupe d'abord le plus longuement, ce sont ses cheveux blonds : elle aimait, jusqu'ici, les porter flottants sur ses épaules, mais elle ne veut plus désormais les avoir que tressés.
Armée de son peigne d'ivoire, elle sépare donc ses cheveux en deux grosses nattes. Sa servante lui présente des rubans, des bandelettes de soie, des galons d'or qu'elle entrelace habilement avec
ses cheveux. C'est ce qu'on appelle des crins galonnés. Et Aélis n'a point besoin d'emprunter de faux cheveux, comme tant de femmes sont contraintes de le faire. Au bout d'une demi-heure, les
deux nattes sont achevées et tombent sur son dos, luisantes et lourdes. Par un geste charmant, elle les ramène sur le devant de ses épaules, se regarde un peu dans le miroir et s'estime
satisfaite.
Elle n'a pas besoin de se teindre ou de se poudrer de safran. Gautier de Coincy, dit que certaines femmes de son temps étaient « ensafranées ». Aélis n'est pas de celles-là : telle elle est
sortie du bain hier au soir, telle elle est aujourd'hui
Blanche est comme fleur de lis
Mais ceci est de droite nature,
Sur elle n'y a autre teinture.
(Dumars.)
A ceux qui trouvent que la toilette est longue, elle pourrait répondre que ce jour-ci ne ressemble pas aux jours ordinaires et qu'elle, Aélis, n'est point comme celle de la
chanson
Quand la belle fut levée
Et quand elle fut lavée,
Ja la messe fut chantée...
Certes, jeunes filles et femmes nobles ne s'habillaient pas tous les jours avec de beaux vêtements d'apparat. Ceux-ci les rendaient en effet raides comme des statues. Les châtelaines du XIIe
siècle savaient fort bien « s'aisier » (1) le reste du temps. Mais, pour un jour de noces, c'est bien différent. Si on ne portait pas le grand costume, quand le
porterait-on ?
Aussi, la chambre de la jeune fille est-elle éblouissante de soie et d'or. Tous les vêtements de luxe y sont étalés sur des perches. C'est un pèle-mêle fulgurant. Mais il est temps qu'Aélis
choisisse entre tant de richesses. La toilette commence : grande affaire.
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