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2013-05-06T19:24:00+02:00

MON ESPRIT, VAGABOND DU SILENCE

Publié par POESIE CHINOISE

 ame5.jpg

 

Un peu de poésie chinoise. Je vous propose un choix de sagesse taoïste, images fulgurantes, éveil absolu, fusion avec le paysage, quintessence du monde en quelques mots. « Foin du savoir et de l’étude », dit Si K’Ang (223-262), « mon esprit, vagabond du silence ! »

 

Promenade au mont de la Paix suprême

 

Le ciel s’écartèle au péril des roches ;

Le soleil se déchire au vertige des arbres.

Dans l’ombre des ravins meurt l’éclat du printemps ;

Sur la glace des pics vit la neige d’été.

 

        Poème de K’ong Tche-Kouei (447-501) dans La montagne vide,  Anthologie

de la poésie chinoise III°-XI° siècle, traduction de P. Carré et Z. Bianu.

(Idem pour les textes qui suivent)

  

Vent

 

Au murmure du paysage naît une fraîcheur

Qui lave les bois de ma vallée :

Galop des fumées par la porte du ravin,

Spirales de brume après les piliers des cimes.

 

Elle va libre et sans traces

Comme le mouvement de la vie.

Chute du soleil, paix du paysage –

La voix des pins s’éveille.

 

            Poème de Wang Po (647-675)

 

        Une nuit sur le fleuve à Kien-tö

 

Près de l’ilot de brume notre bateau s’arrête,

Au couchant qui ravive toute mélancolie.

Par cette immensité, le ciel verse sous les arbres.

Sur le fleuve pur, la lune rejoint l’homme.

 

Poème de Mong Hao-Jan (689-740)

 

 62865.jpg

Le jardin des magnolias

 

Sur les monts en automne au jour qui se replie

Une ligne d’oiseaux se déplie.

Surgit l’éclair d’un vert vif

Où les brumes du soir ne peuvent s’abriter.

 

            Poème de Wang Wei (701-761)

 

Et celui-ci, à mes yeux peut-être le plus beau, le plus intense :

 

Voie

 

Reflets de la lune en mille lacs.

Mille miroirs pour la même lune.

Le corps absolu de tout éveil m’inonde –

Je suis le réel.

 

            Poème de Hiuan-Kiue de Yong-Kia (665-713)

 

« Je suis le réel », dit le poète ancien. A quoi fera écho, douze siècles plus tard et pour ouvrir son Gardeur de troupeaux, Alberto Caeiro, celui de ses hétéronymes dont Pesso avait fait son maître :

 

Je suis un gardeur de troupeaux.
Le troupeau, ce sont mes pensées
Et mes pensées sont toutes sensations.
Je pense avec les yeux et avec les oreilles
Et avec les mains et les pieds
Et avec le nez et la bouche.

Penser une fleur c’est la voir et la respirer
Et manger un fruit c’est en savoir le sens.

C’est pourquoi lorsque par un jour de chaleur
Je me sens triste d’en jouir à ce point,
Et que je m’étends de tout mon long dans l’herbe,
Et que je ferme mes yeux brûlants,
Je sens mon corps entier étendu dans la réalité,
Je connais la vérité et suis heureux.

 

            Fernando Pessoa, Œuvres poétiques, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade

            Traduction de Patrick Quillier

 

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commentaires

:0014: ♥ dom ♥ 07/05/2013 07:44


Très beau avec de jolies illustrations !


Bon mardi Domi
Bisoux


Domi 08/05/2013 12:02



Merci dom bisous 



michel 07/05/2013 00:00


Bravo pour cette recherche ! Nous allons nous envoler sans l'aide de ton balai.... un clair de lune à la surface du lac nous indiquera le chemin et le vent
dans les feuillages nous accompagnera. Ah que j'aime la poésie chinoise ! J'attends pour découvrir la poésie coréenne... je suis sur qu'elle peut surprendre. Et que dire de la poésie
japonaise....


"Un souci d'amour fait couler mes larmes qui m'obscurcissent le ciel. A la lune qui pénètre dans ma chambre je ne trouve plus le même éclat...." (Fujiwara no
Kintsune (13e siècle)


Bisous Sorcière, et merci de m'avoir fait rêver.

Domi 08/05/2013 12:02



De rien c'est toujours un plaisir mon cher ami bisouilles  



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