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2015-10-08T12:35:08+02:00

LES SORCIERES - PASSION LETTRES

Publié par Domi Sorcière d'Arcane
LES SORCIERES - PASSION LETTRES

Le petit-déjeuner des sorcières

Les sorcières dévorent leur petit-déjeuner à belles dents. Leur plat préféré est le sagou, sorte de civet1 d’œufs de grenouille en conserve. Elles apprécient aussi les champignons vénéneux, récoltés à l’aube et grillés sur des toasts. Après quoi, pour s’agacer les dents, elles ingurgitent2 de grandes tartines de pain de gland confiturées de délicieuse marmelade de prunelles3, le tout arrosé d’un petit noir de dent-de-lion4 bien chaud. Il leur était jadis nécessaire de jeter un sort sur le lait pour le faire tourner, mais aujourd’hui le lait suri5 est un produit courant dans les sorcières-marchés.


Colin Hawkins, Les Sorcières, © Albin Michel, 1984.

LES SORCIERES - PASSION LETTRES

Conseils donnés par une sorcière

Retenez-vous de rire
dans le petit matin.
N'écoutez pas les arbres
qui gardent les chemins.

Ne dites votre nom
à la terre endormie
qu'après minuit sonné.

À la neige à la pluie
ne tendez pas la main.

N'ouvrez votre fenêtre
qu'aux petites planètes
que vous connaissez bien.

Confidence pour confidence
vous qui venez me consulter
méfiance, méfiance
On ne sait pas ce qui peut arriver.

Jean Tardieu, Le Fleuve caché, © Gallimard

Sorcière, un métier d’avenir

Mesdemoiselles, devenez sorcières, c’est un métier d’avenir.
Oubliez les vieilles images : la sorcière des années 2000 s’habille comme un top model, parle plusieurs langues et fait carrière dans l’art contemporain.
Femme indépendante, elle vit sa drôle d’existence, libre, seule ou avec d’autres sorcières, ses sœurs.
Ne craignez pas le pacte avec le diable : dans les histoires récentes, la sorcellerie apparaît volontiers comme un don de famille, et le scénario reste vague sur l’origine de ce don. De lointains ancêtres ont dérobé le Grand Livre des Templiers, ou quelque ouvrage du même genre, et les descendantes sont condamnées à garder le secret jusqu’à la fin des temps.
Enfin, sachez que les sorcières modernes ne sont pas dangereuses : pour se distraire, elles font le bien autour d’elles, donnent la combinaison gagnante du Loto à de braves gens, retrouvent des disparus, rendent leur jeunesse à de vieilles dames fripées…

Une drôle d’école

Avec ses sombres murailles et ses deux tours sinistres1, l’Académie Supérieure de Sorcellerie, dont mademoiselle Jollidodue était la directrice, ressemblait davantage à une prison qu’à une école. Perchée au sommet d’une haute montagne qu’entourait une forêt de pins, elle baignait la plupart du temps dans une brume épaisse qui la dissimulait aux regards des promeneurs. Par temps clair, cependant, on pouvait voir quelquefois les élèves, à califourchon sur leurs balais, voleter comme une nuée de chauves-souris au-dessus de la cour de récréation.
Tout, dans l’école, n’était qu’ombre et ténèbres : les longs corridors étroits, les escaliers en colimaçon, et jusqu’aux élèves elles-mêmes qui portaient un sinistre uniforme gris et noir.

Jill Murphy, Amandine Malabul sorcière maladroite, © Gallimard, « Folio cadet rouge », trad. J.-F. Ménard.

Grand-Mère est une sorcière


Joe a une grand-mère avare, tyrannique et aussi souriante qu’un crocodile. Pourtant, ses parents sont aux petits soins pour elle. Il n’y comprend rien. Le jour où elle va s’intéresser à ses enzymes, il va entrevoir l’atroce vérité…

Bonne-maman arrivait toujours en taxi et ne donnait jamais de pourboire au chauffeur. Elle était petite et paraissait rapetisser un peu plus chaque année. Elle avait des cheveux argentés et raides qui, de loin, faisaient bon effet mais de près laissaient entrevoir la surface rose de son crâne. Même par temps chaud, elle portait des vêtements épais et lourds, aussi épais et lourds que ses lunettes, composées de deux énormes verres de nature différente, cerclés d’une monture dorée. Une fois, pour s’amuser, Joe avait voulu les essayer. Deux semaines plus tard, il se cognait encore dans les meubles.
Le véritable nom de Bonne-maman (qui était la mère de Mme Warden) était Ivy Marmit, mais personne ne l’appelait plus ainsi. Depuis son soixantedixième anniversaire, on la nommait simplement Bonne-maman. Non pas Mamie, ni Grandmère. Bonne-maman.
À une époque, Joe avait aimé Bonne-maman et attendu ses visites avec impatience. Elle paraissait lui porter un intérêt sincère (plus que ses parents), elle lui souriait, lui faisait des clins d’œil complices. Souvent elle lui donnait des bonbons et des pièces de cinquante pence1. Mais, avec le temps, Joe s’était aperçu de certaines choses qu’il n’avait pas remarquées jusquelà.
D’abord, des détails physiques : les cavités2 très profondes dans ses poignets, où les veines saillaient3 ; les varices sur ses jambes ; la moustache au-dessus de sa lèvre supérieure et l’énorme grain de beauté qui pointait sur son menton. Bonne-maman n’avait aucun goût vestimentaire. Par exemple, elle portait le même manteau depuis vingtsept ans sans compter qu’elle l’avait peutêtre acheté d’occasion. Bonne-maman était terriblement avare, plus encore pour ellemême que pour les autres. Jamais elle ne s’offrait de nouveaux habits. Jamais elle n’allait au cinéma. Elle préférait, disaitelle, attendre de voir les films en vidéo. Mais elle était bien trop radin pour acheter un magnétoscope. Jamais elle ne nourrissait son chat : le pauvre Mouche était si maigre qu’un jour il se fit attaquer par une perruche et disparut de la circulation. Quant à l’argent et aux bonbons qu’elle donnait à Joe, c’était en réalité Mme Warden qui les lui glissait en cachette à son arrivée, dans le but de lui gagner l’affection de Joe.
Et puis il y avait sa façon de se tenir à table. C’était triste à dire, mais les manières de Bonne-Maman auraient dégoûté un cannibale. Elle avait une grande bouche, garnie des dents les plus jaunes qu’on eût jamais vues. C’étaient des chicots4, irréguliers, plantés de travers, qui branlaient dans les gencives lorsqu’elle riait. Mais quel travail phénoménal accomplissaient ces horribles dents ! En effet, Bonne-maman mangeait à une vitesse impressionnante. Elle enfournait la nourriture, la lubrifiait5 avec une gorgée d’eau et avalait le tout avec un petit bruit de succion6, ponctué d’un hoquet final. À table, Bonne-maman faisait penser à une bétonnière sur un chantier de travaux publics… Spectacle à la fois fascinant et répugnant. […]
Pourtant, jamais personne ne faisait allusion aux travers de Bonne-maman. Ni dans la famille, ni avec des personnes extérieures. M. Warden ne se montrait jamais impoli à l’égard de sa bellemère et Mme Warden prenait toujours plaisir à la voir. Tout le monde se comportait comme si tout était normal.

Anthony Horowitz, Satanée grand-mère © Hachette Livre, « Le Livre de Poche Jeunesse ».


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